Oui, on va parler d’IA… encore.
J’ai publié il n’y a pas longtemps un texte (des dialogues), nommé Ah, les vacances (ici) et, pour l’illustrer, ben… je me suis servi d’IA. Enfin, j’ai vite arrêté. À la base, je voulais des images partout (comme sur un réseau social), mais j’ai très vite déchanté pour plusieurs raisons, dont la première était que… c’était dégueulasse et sans âme (comme toutes les photos/images de mon blog, en fait). Mais… ça illustre quand même (je sens que je vais vraiment apprendre à dessiner).
Pourtant, certaines personnes défendent bec et ongles que c’est de l’art, tout comme une photo, un tableau, etc. Et là vient le problème, car cette réflexion entraîne une autre question, beaucoup plus simple : qu’est-ce qu’une œuvre ?
Aujourd’hui, la génération d’images par IA n’est pas considérée comme de l’art, et ce n’est pas moi qui le dis : ce sont plusieurs instances, comme par exemple la cour de justice américaine (mais il y en a plein d’autres, comme ici en europe). Mais mon problème avec tous ces papiers, c’est qu’ils ne définissent pas ce qu’est une œuvre, ou pourquoi une œuvre est une œuvre. Pourquoi la photo du singe n’est-elle pas protégée ? Et, a contrario, pourquoi celle-là l’est ?

La réponse juridique est simple :eh… ben, ça doit être fait par des humains. Si c’est un humain, alors c’est une œuvre, sinon ça ne l’est pas. Simple, basique… et débile, en fait. Ça se mord la queue, déjà parce que je ne vois pas en quoi les merdes qu’on trouve sur Instagram ou dans les fils familiaux de WhatsApp auraient, d’une façon ou d’une autre, le statut d’œuvre. Mais surtout, c’est un peu humano-centré.
Pourquoi une IA ne pourrait-elle pas créer des œuvres ? Pourquoi des animaux ne pourraient-ils pas en créer ? Si on crée une IA qui ressemble tellement à un humain, ne devrait-elle pas avoir les mêmes droits qu’un humain ?
Eh bien, pour moi, la réponse tient en deux définitions : qu’est-ce qu’une œuvre ? Et qu’est-ce qu’un artiste ?
Heureusement, les deux se rejoignent. Car une œuvre est avant tout une succession de choix faits par l’artiste. Des choix qui ont été étudiés, réfléchis, sélectionnés.
Quand j’écris (par exemple mes romans ici),), eh bien j’ai choisi l’histoire, le style (facile, c’est le mien :-D), la cohérence. Et même si j’utilise des outils pour corriger l’orthographe, comme par exemple des IA, l’originalité vient de moi. J’ai un pouvoir de construction.
Idem pour la photographie : le choix du moment, le choix du cadrage, l’angle, la lumière, etc. Tout cela, c’est le photographe qui le choisit. Il a un pouvoir sur ces décisions. Et l’IA dans tout ça ? La réponse est simple : une personne qui utilise l’IA pour construire des images n’y met aucun choix, ou presque aucun, au-delà du prompt.
Supposons qu’on demande à un dessinateur et à une IA de faire un dessin représentant un petit garçon sur une balançoire, mélancolique.
Gemini me sort ça…

Qui a choisi la couleur du bois ? Qui a choisi l’automne ? Qui a choisi le pull bleu ? Qui a choisi les mains sur les cordes ? Pas moi. L’IA.
Alors oui, on pourrait mettre un plus gros prompt, avec plus de détails, mais le but d’un prompt est justement de ne pas s’occuper des détails. Pourquoi, dans cette image, les bois sont-ils droits ? Allons-nous vraiment mettre dans le prompt que les bois doivent être du chêne, avec des nœuds tous les trois centimètres ? Non. Si un prompt devait être aussi précis, alors ce serait un dessin. Et c’est là la grosse différence : une œuvre est avant tout une succession de choix faits par l’artiste. Il a décidé de choisir le bleu du soleil parce que blablabla… Il a décidé de faire une photo du cœur parce que blablabla… L’IA ne décide rien, elle obéit.
C’est d’ailleurs la même chose pour les animaux : si un singe ne sait pas faire la différence entre un pastel et un crayon, il ne sait pas choisir entre une œuvre et une photocopie.
Voilà pourquoi les œuvres faites par IA ne peuvent pas être protégées par le droit d’auteur : car la somme des choix faits par l’artiste est beaucoup trop légère pour être considérée comme une œuvre originale.
Un prompt, ce n’est pas dicter un choix. Et si un artiste devait écrire un prompt pour que l’œuvre créée par l’IA soit reconnue comme une œuvre originale, il lui faudrait un prompt de dix pages extrêmement détaillé. Mais alors, où serait l’intérêt de l’IA ? Car si vous êtes capable de faire un prompt de dix pages pour décrire un dessin, c’est que vous savez dessiner.
Et c’est d’ailleurs pour cela que les photos dégueulasses d’Instagram faites avec un GSM (c’est la même chose dans les fils de discussion WhatsApp) ne sont pas protégées par le droit d’auteur : parce que la mamie ne sait pas faire la différence entre un ISO 200 et un ISO 2000, un grand angle et une macro, etc.
Appuyer sur le déclencheur, ce n’est pas créer : c’est subir les choix du constructeur du GSM. (Idem pour les dessins faits en dehors des keyframes dans un dessin animé. Sérieux, vous vous appelez artiste ?)
Bref, une IA n’est qu’une machine, restera une machine et n’ira pas plus loin qu’une machine.