[Au détour d’une terrasse] J’ai le syndrome de l’achat-savoir …

Y a un truc que je déteste quand je vais dans un magasin : c’est le syndrome de l’achat-savoir.

Je me trimballais dans ma librairie préférée sans pour autant vouloir acheter quelque chose. Juste flâner, respirer l’odeur du papier et de l’encre sèche, en espérant tomber sur une histoire coup de cœur… qui terminerait au fond de ma PAL et y resterait quelques mois, quelques années, avant d’être redécouverte.

Et puis là, au détour d’un rayon, entre deux étagères de « Sciences pour les nuls », je tombe sur le livre qui me rendra plus intelligent. Un livre expliquant les entrailles de la physique moderne et les contours des particules qui composent la matière. Un livre qui fera de moi le plus grand prix Nobel de tous les temps… ou pas. Bref, vous avez compris.

Et là arrive mon syndrome.

À peine je prends le livre en main, à peine je le sors et l’éloigne de ses congénères, que l’ENSEMBLE de la connaissance qu’il contient vient en moi. Pire : l’acte de paiement, l’achat, non seulement capitalise sur ce nouveau savoir, mais me transforme en futur président du CNRS. Plus besoin de lire le livre, plus besoin de l’ouvrir : tout est déjà en moi.

Sans déconner, pourquoi faire huit ans de doctorat alors que, moi, je connais tout simplement en reniflant l’encre… ou pas.

Parce que oui, ça ne marche pas. Pas plus qu’en le lisant en lecture rapide… Non, je ne serai pas président du CNRS ni futur prix Nobel simplement parce que j’ai acheté un livre. Mais je ne peux pas m’en empêcher. J’ai des livres chez moi qui m’ont coûté un prêt hypothécaire sur vingt ans, et la seule chose que j’en ai faite, c’est lire à peine les premières pages.

Ce syndrome de l’achat-savoir est une horreur pour mes finances. Déjà que je n’ai pas le temps de lire tout ce que je veux (ma PAL dépasse les vingt livres en permanence), mais alors si, par conditionnement, je dois aussi acheter des livres qu’au fond de moi je n’ai même pas envie de lire…

Parce que je sais que je ne veux pas de ces livres. Je m’en tape des particules, de la théorie de l’évolution et de tous ces trucs scientifiques qui ne me serviront probablement qu’une seule fois dans toute ma vie, lors d’un repas, simplement pour me donner l’air intelligent pendant dix secondes entre le poisson et le fromage.

J’ai un appart à payer, j’ai des voyages à faire, j’ai du matos informatique à acheter, mais non : mon argent part dans cette gratification instantanée, immédiatement suivie par le regret.

C’est un peu comme quand, le soir, je mange à en vomir en espérant ne pas grossir, en me convainquant que mon corps va se mettre en symbiose avec ma balance pour ne pas m’afficher les kilos en trop. Il faut que ça s’arrête.

Si seulement.

Le seul truc que j’ai trouvé, c’est de prendre le livre, d’aller m’asseoir au café de la librairie (parce que oui, il y a un café dans la librairie où je vais. Ça devrait être une obligation, d’ailleurs : toutes les librairies devraient avoir un café), de prendre un verre et… d’attendre que ça passe.

D’après mon expérience, dans 50 % des cas, je remets le livre à sa place. C’est déjà pas mal. Pas assez, mais pas mal. Pas mal, mais pas assez.

Je me demande d’où ça vient.

Psychanalytiquement, je le sais. Je suis frustré de ne pas avoir couché avec ma mère quand j’avais trois ans et, paf, ça a fait des Chocapic… (Pfff, la psychanalyse…).

Mais sinon, sérieusement, d’où ça vient ? Du capitalisme ? De la société ? C’est psychologique ?

C’est un achat compulsif, c’est sûr. Mais j’ai d’autres achats compulsifs dont je me fous complètement. J’ai acheté il n’y a pas longtemps Alice in Borderland, nouvelle édition. C’est un achat compulsif… basé sur un goodies de merde (un jeu de cartes, sérieux).

Mais cet achat ne me dérange pas, parce que je sais que je vais le consommer, je sais qu’il va rejoindre ma collection, je sais que c’est un bel objet.

Ici, c’est davantage une question de finances (24 euros quand même. Et sachant que, sans le jeu de cartes, c’est 16 euros, ça fait le jeu de cartes à 8 euros. À ce niveau-là, c’est un placement !!!), alors que le livre de merde sur l’évolution biologique de mes couilles, je ne le lirai même pas.

Psychologiquement parlant, c’est un plaisir compulsif ? Pas sûr, parce qu’il n’y a aucun plaisir à se faire mal… avec une carte bancaire (on ne dévie pas la conversation, SVP !!).

OK, le cerveau produit une hormone et se drogue avec… mais alors quoi ? Suffirait-il d’acheter un Coca à chaque fois que j’ai envie d’acheter un livre que je ne veux pas, un peu comme on mange avant d’aller faire les courses ? Pas sûr.

JE NE VEUX PLUS ACHETER DE LIVRES QUI NE ME PLAISENT PAS !!!

Après, je peux toujours envoyer mon CV pour devenir président du CNRS aussi.