Je suis tombé il n’y a pas longtemps sur un article de developpez.com qui raconte, entre autres, que contrairement à ce que beaucoup de gens racontent, l’IA n’a pas l’air d’améliorer la productivité. Elle n’améliore rien, elle crée juste de nouveaux processus. Le truc, c’est que moi, je sais ça depuis très longtemps.

On peut remonter à l’âge de pierre si on le veut, mais pas besoin d’aller aussi loin. Quand les imprimeries sont arrivées, la productivité n’a pas diminué. Pourquoi ? Parce que le nombre de livres vendus a augmenté ; et si on accélère d’un côté et qu’on augmente le nombre de produits construits de l’autre, eh bien, ça ne change rien. La productivité, c’est comme diviser un gâteau entre amis. Diviser un petit gâteau entre 4 amis revient à diviser un gros gâteau entre 8 amis (tous se retrouvent avec la même quantité de gâteau).

Mais en fait, c’est pire que cela : la technologie n’a jamais augmenté la productivité, car le monde du travail n’est pas discret mais continu. Et pour cela, j’ai un exemple très simple (même deux).

Je connais quelqu’un qui travaillait dans une usine pharmaceutique. À la retraite, il me racontait cette histoire il y a déjà vingt ans. En pharmacie, il faut mesurer des trucs, comme par exemple la quantité de composé qu’il y a dans le médicament.

Il y a 60 ans, on prenait un verre transparent, on le remplissait d’eau, on mettait le médicament dedans, on touillait un peu et… on allait boire un café et on revenait. On levait le verre au soleil et, en fonction de sa transparence, on jugeait (véridique).

Il y a 40 ans, les balances de précision sont apparues. Il a fallu des gens pour les construire, mais surtout du temps pour mesurer au gramme près le composé. Il y a 20 ans, les chromatographes ont fait leur apparition ; de nouveau, les mesures sont descendues au microgramme.

Aujourd’hui, on en est au laser qui mesure le nombre d’atomes. Le truc, c’est que ce composé, vous pouvez le manger par louches entières sans qu’il ne vous arrive rien. À quoi a servi la technologie ici ? Eh bien à rien, certainement pas à accélérer le processus, seulement à le rendre plus précis. Pourquoi plus précis ? Parce que les cons qui décident aiment avoir le plus d’informations possible, parce que des idiots ne comprennent pas que la quantité de gramme gagné en mesurant précisément, est perdue en cout d’analyse.

Vous n’avez jamais remarqué que les incompétents aimaient non seulement tout contrôler, mais surtout être envahis d’informations ? Ils veulent tout savoir dans les détails, surtout l’inutile. Eh bien l’IA, c’est pareil. Elle ne va pas augmenter la productivité, elle va augmenter le nombre de slides dans les présentations. Avant, les gens faisaient les slides qu’ils savaient faire et pas plus. Avec l’IA, ils feront les slides qu’ils ne savaient pas faire avant… pour les mêmes problèmes systémiques.

Et je le vois dans mon travail, ou même dans mon hobby. Je m’amuse avec l’IA, mais ce n’est pas pour être plus efficace dans mon travail, c’est pour créer des trucs (invendables) que je n’aurais jamais faits avant.

Un autre exemple, pour la correction orthographique et grammaticale de mes romans : Avant, j’utilisais Word (le dictionnaire) et ensuite je payais quelqu’un. Puis j’utilisais Word, ensuite Antidote, puis je payais quelqu’un. Et aujourd’hui, j’utilise Word, ensuite Antidote, puis l’IA, puis je paie quelqu’un. (d’ailleurs c’est un bordel pour dire a cette IA de merde de ne corriger que l’ortho et la grammaire…)

Bon, c’est un peu plus compliqué que cela (un livre, ça s’écrit plusieurs fois), mais vous voyez le concept. En quoi l’IA a amélioré mon processus ? Ma productivité ? En rien.

Je ne crois pas que l’IA remplacera les jobs parce que ce n’est pas comme cela que ça marche. Je ne crois même pas que l’IA remplacera quoi que ce soit ; elle se rajoutera dans les chaînes comme toutes les technologies, car le monde ne court pas après le pragmatisme (sans ça, on vivrait dans un monde idyllique sans pollution), mais vers l’arrogance d’une minorité avide de pouvoir qui pense que le seul moyen de tout contrôler est d’avoir les données les plus précises possible.